Au Moyen Âge, la foi est omniprésente. On aime Dieu mais on le craint, on vénère la Vierge, les saints, on croit au pouvoir des reliques... De ce point de vue, la maladie est punition du pécheur, la guérison est récompense ou miséricorde. Tout dépend de Dieu. Nul mieux que Gautier de Coinci n'a su le montrer : dans ses Miracles, il a évoqué cela avec un tel talent qu'il a marqué lesesprits. Son style frappe, dérange. Son message passe par les images, par les mots crus, par ses propres interventions. De la sorte, ses Miracles de Nostre Dame ne sont pas seulement une œuvre littéraire majeure du Moyen Âge. Ils constituent aussi une source étonnante sur la maladie aux XII° et XIII° siècles et sur le sens que la religion donnait alors à ces étranges dérèglements du corps : on verra ici que la maladie faisait l'objet d'une véritable appropriation par l'Église, laquelle, sciemment ou non, profitait dela peur engendrée pour transmettre ses messages moralisateurs.
est diplômée de l’Université de Perpignan en Lettres modernes. Elle est aujourd’hui formatrice de Français et d’Histoire en Seine-Saint-Denis, après avoir enseigné en collège et en lycée professionnel.
également : http://medieval-lydia.blogspot.com/2011/05/la-maladie-et-la-foi-au-moyen-age.html

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La lèpre fut longtemps incurable et très mutilante, entraînant en 1909, à la demande de la Société de pathologie exotique, « l'exclusion systématique des lépreux » et leur regroupement dans des léproseries comme mesure essentielle de prophylaxie.
La lèpre est connue depuis l’Antiquité. Les premières descriptions datent de 600 ans avant J.-C. On la retrouve dans les civilisations antiques en Chine, en Égypte et en Inde. On a d'ailleurs longtemps cru à une origine asiatique ; on pensait qu'elle se serait ensuite répandue par les guerriers d'Alexandre le Grand puis par les Phéniciens et les Romains. Les travaux sur le génome de la bactérie à l'Institut Pasteur (Marc Monnot, Stewart Cole, publiés dans Science le 13 mai 20051) indiqueraient plutôt une origine est-africaine ou du Moyen-Orient avant d'arriver en Asie et en Europe. Elle serait arrivée en Afrique de l'Ouest avec les explorateurs nord-européens, puis l'esclavage l'aurait disséminée dans les Caraïbes et l'Amérique du Sud. Pourtant, la plus ancienne trace de cette maladie vient de l'Inde comme en atteste un squelette de 4000 ans trouvé au Rajasthan2.
La Bible contient des passages faisant référence à la « lèpre », à la fois dans l'Ancien Testament et le Nouveau. On ne peut pas savoir s'il s'agit de la même maladie : ce terme a en effet été utilisé pour de nombreuses maladies de peau d'origine et de gravité très variables. Un Metzora, est une personne atteinte de tzara'at (lèpre) dans le livre du Lévitique. La loi israélite faisait obligation aux prêtres de savoir reconnaître la lèpre (Lv 14. 1-57).
Les Évangiles synoptiques relatent la guérison d'un lépreux par Jésus (Mc 1, 40-45; Mt 8, 1-4; Lc 5, 12-16).
Les textes les plus anciens en témoignent, la lèpre a toujours représenté une menace, et les lépreux mis au ban de la société, rejetés par leur communauté et leur famille. C’est encore souvent le cas de nos jours.
La lèpre a donné lieu à des mesures de ségrégation et d'exclusion sociale, quelquefois héréditaires, comme dans le cas des Cagots du Sud-Ouest de la France. Le recul de la lèpre en Europe a débuté dès le xvie siècle sans que l'on ait une explication satisfaisante3.

En raison des ravages qu’elle a causés, surtout pendant le Moyen Âge, la peste a eu de nombreux impacts sur l'économie, la religion et les arts. Ainsi, la peste noire de 1347–1351 a profondément marqué l'Europe en exterminant 30% à 50% de la population européenne. La population française quant à elle chuta de 41% sur la même période faisant 7 millions de victimes sur les 17 millions de Français de l'époque. Cependant, plusieurs épidémies de maladies inconnues à forte mortalité ont pu être qualifiées de peste par les chroniqueurs de l'époque.
L'ergotisme est également connu sous le nom de mal des ardents et feu de Saint-Antoine. L’intoxication par l’ergot est l'une des explications médicales et psychologiques de la sorcellerie ou de la possession démoniaque.
Des chroniqueurs comme Adémar de Chabannes, Geoffroy du Breuil de Vigeois ou Raoul Glaber enregistrent des épidémies, notamment celle de 994 dans le Limousin. Le saint invoqué à Limoges était saint Martial ; pour avoir sauvé la ville de cette maladie, le saint fait l'objet d'ostensions qui ont lieu tous les sept ans.

Pendant cette période troublée, on voyait la persécution ignée - ignis sacer, ignis gehennae - réapparaître à chaque période de famine.
Les descriptions de la famine sont terribles. Raoul Glaber écrit que dans l'année 994 "les riches pâlirent, les pauvres rongèrent les racines des forêts. Sur les chemins, les forts saisissaient les faibles, les rôtissaient, les mangeaient. Il y en a un qui osa étaler de la chair humaine à vendre dans le marché de Tournus". La maladie revint pendant tout le XIe siècle : en Champagne, en 1039, dans le Limousin, en 1070, en Lorraine, en 1089, dans la région de Cambrai en 1129 où 12 000 personnes moururent. Les foules de miséreux se précipitent vers les tombeaux des saints. À Limoges, vers le tombeau de saint Martial. Quand le mal revient en Limousin, la foule va à Arnac-Pompadour et transfère les reliques de saint Pardoux à Limoges. Le mal réapparaît en Limousin en 1092 - 1094, le clergé décide alors de faire des processions dans les villages avec les reliques de saint Pardoux. La maladie s'arrête. Des villages se placent alors sous la protection du saint.
C'est en 1089 qu'un seigneur du Dauphiné, Gaston de Valloire, ramena les ossements de l'anachorète de la Thébaïde, saint Antoine qui avait vaincu les feux de la tentation, et dont le fils, Guérin, avait été guéri du mal des ardents. Les reliques sont déposées dans une chapelle à La Motte-aux-Bois, près de Vienne, qui va prendre le nom de Saint-Antoine-l'Abbaye.
À cette époque, l’empoisonnement gangréneux était connue sous le nom de « feu sacré » (ignis sacer) ou « feu de Saint-Antoine », du nom de moines de l’ordre desAntonins, car nombre des victimes se rendaient en pèlerinage auprès des reliques de Saint-Antoine, à Saint-Antoine-l'Abbaye (Isère, en France), dans l'espoir d'être guéries, mais aussi en raison des sensations de brûlures ressenties dans les membres des malades5 auxquelles on doit l'autre nom de la maladie « mal des Ardents ». Ces pèlerinages étaient souvent couronnés de succès, le pèlerin s'éloignant de la source de pain fabriqué à partir du seigle ergoté le temps que les stocks soient écoulés et on attribuait la guérison à Saint-Antoine, le saint patron des ergotiques. La maladie frappait l'été, au moment où l’on consommait la nouvelle récolte.
Selon Snorri Sturluson, dans son Heimskringla, le roi Magnus, fils du roi Harald Sigurtharson, qui était le demi-frère du Saint roi Olaf II de Norvège, est décédé des suites de l’ergotisme peu après la bataille d'Hastings.
Une première mention de l'ergot a été faite par un médecin allemand, en 1582, Lonitzer, comme remède utilisé par les sages-femmes pour les accouchements.
L’ergot, nommé d’après l'éperon qu’il forme sur la plante, a été identifié et désigné ainsi par Denis Dodart, qui a signalé le rapport entre l’ergot de seigle et l'empoisonnement du pain dans une lettre adressée à l’Académie royale des Sciences en 1676. John Ray a mentionné l’ergot pour la première fois en anglais l'année suivante.
François Quesnay, le médecin de la Pompadour, s'est intéressé à la "gangrène des Solognots" et découvrit que la maladie était due à la consommation d'un seigle avarié. Dans les périodes de famine, les paysans consommaient "des grains corrompus et réduits en forme d'ergot de chapon" pour composer leur pain ou leurs bouillies.
L’ergot, nommé d’après l'éperon qu’il forme sur la plante, a été identifié et désigné ainsi par Denis Dodart, qui a signalé le rapport entre l’ergot de seigle et l'empoisonnement du pain dans une lettre adressée à l’Académie royale des Sciences en 1676. John Ray a mentionné l’ergot pour la première fois en anglais l'année suivante.
François Quesnay, le médecin de la Pompadour, s'est intéressé à la "gangrène des Solognots" et découvrit que la maladie était due à la consommation d'un seigle avarié. Dans les périodes de famine, les paysans consommaient "des grains corrompus et réduits en forme d'ergot de chapon" pour composer leur pain ou leurs bouillies.



Au début du Moyen Âge, à la suite de la chute de l'Empire romain, les connaissances médicales reconnues se fondaient principalement sur les textes médicaux de l’Antiquité grecque et romaine ayant échappé à la destruction et conservés dans les monastères ou diverses bibliothèques. Les idées sur l'origine des maladies et leur traitement n'étaient toutefois pas purement d’ordre séculier, mais étaient également basées sur une vision du monde, dans laquelle des facteurs tels que le Destin, le Péché et les influences astrales jouaient un rôle aussi important que les causes physiques. L'efficacité des traitements était également liée aux croyances du patient et du médecin, davantage fondées sur des données empiriques que sur des faits rationnels, de sorte que l’utilisation des Remedia physicalia (remèdes physiques) était souvent subordonnée à une intervention spirituelle.
Dans la première période du Moyen Âge, il n'y avait pas de réseau organisé de médecine. A défaut de structure adaptée, quelqu'un qui était victime d’une blessure ou d’une maladie pouvait se tourner vers la médecine traditionnelle, la prière, l’astrologie, la magie , le mysticisme ou vers un médecin, s'il y en avait un de disponible. Les frontières entre chaque profession étaient imprécises et mouvantes. Les textes médicaux classiques comme, par exemple, ceux de Galien, étaient largement fondés sur le principe d'autorité plutôt que sur une confirmation expérimentale.

L'Eglise enseigne que Dieu envoie parfois la maladie comme punition et que, dans ces cas, le repentir pourrait amener à la guérison. Cette croyance a conduit à recourir à des pratiques comme la pénitence et le pèlerinage, comme étant des moyens de guérir d’une maladie. Au Moyen Âge, certaines personnes ne considéraient pas la médecine comme une profession convenable pour les chrétiens, du fait qu’ils croyaient que la maladie était souvent une punition du ciel. Dieu était considéré comme le médecin divin qui envoyait la maladie ou la guérison selon sa volonté. Toutefois, de nombreux ordres monastiques, en particulier lesbénédictins, considéraient les soins aux malades comme une oeuvre de miséricorde.
8 commentaires:
Mais de rien Annie, voilà qui me fait plaisir. Et si tu me le permets, je mets ici l'adresse de mon site, bien plus complet que mon petit blog:
http://livresetmanuscrits.e-monsite.com/
Grosses bises !
bonne soirée Lydia,
en fait, je le commence ce soir... réussi à me sortir d'un désastreux polar polonais...
donc, une très bonne soirée en vue.
Pour le lien, je le rajoute tout de suite.
bises
C'est très gentil Annie. Encore un grand merci ! Bises.
Tu dois déjà être plongée dedans... J ete laisse au Moyen Age, alors.
Biz
bonjour Alex,
pas encore ouvert ce matin... mais ça ne saurait tarder.
Très intéressant.
On apprend que la haine des juifs n'est pas le seul fait de "déicide" mais remonte à plus loin dans la Bible avec l'histoire de Caïn et Abel.
Un point que j'ai envie de creuser.
bises
Bonjour Annie
Grâce au roman La chair de la Salamandre, j'ai découvert le catalogue de cette sympathique maison d'édition, et ce catalogue est très riche, surtout pour ceux qui comme moi aime l'histoire et le moyen-âge. Et l'on se rend compte que le Moyen-âge était beaucoup plus foisonnant que ce que les manuels d'histoire veulent bien nous en dire. Va falloir que je me renseigne concernant La maladie et la foi au Moyen-âge, cela me changera du polar mais pas des mystères.
Amitiés
bonjour Oncle Paul,
Vraiment aimé "les enfants de la salamandre", dont j'attends la suite avec impatience...
c'est Lydia qui me l'a fait découvrir d'ailleurs.
Donc, lorsqu'elle m'a proposé de m'offrir son livre, je lui ai fait confiance, les yeux fermés...
En plus comme je fréquente son blog, j'ai trouvé tous ses articles forts intéressants.
Le titre peut paraître un peu "ardu" mais en fait non. L'histoire est passionnante au contraire.
Alors, oui, si je dois conseiller un livre, c'est bien celui-là !
bonne fin de journée
bises
Vraiment aimé "les enfants de la salamandre", dont j'attends la suite avec impatience...
c'est Lydia qui me l'a fait découvrir d'ailleurs.
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